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La voie étroite de l’intelligence budgétaire

Le débat sur l’austérité budgétaire a repris en Europe. Ce n’est pas étonnant. 

By: Date: April 23, 2013

Le débat sur l’austérité budgétaire a repris en Europe. Ce n’est pas étonnant. Depuis 2010, celle-ci s’est attachée à redresser les finances publiques, au prix d’efforts importants : trois points et demi de PIB en trois ans dans la zone euro, un peu plus de trois en France, plus de quatre au Royaume-Uni, sept au Portugal, douze en Grèce. Mais parallèlement la reprise a marqué le pas : en zone euro, 2013 sera la deuxième année consécutive de croissance négative. Le FMI parle maintenant de reprise à trois vitesses pour souligner que le groupe des pays avancés s’est coupé en deux avec, d’un côté, les Etats-Unis où la reprise est solidement établie, et de l’autre l’Europe qui est à la traîne.      

Entre consolidation budgétaire et panne de croissance, y a-t-il lien de cause à effet ? Sans que l’un soit la seule raison de l’autre, on ne peut le nier. D’autant que deux erreurs ont été commises. L’UE, d’abord, a voulu croire que son premier problème était budgétaire, oubliant au passage que le mauvais état de ses systèmes bancaires et l’excès de dette privée dont souffrent plusieurs pays. Ces handicaps ont empêché la demande privée de prendre le relais de la demande publique. Avec des taux d’intérêt de la BCE bloqués au voisinage de zéro, les conséquences économiques des politiques de rigueur soient particulièrement marquées. 

La deuxième erreur a été de vouloir répondre à la hausse des taux sur les marchés obligataires en fixant des objectifs budgétaires nominaux (ramener le déficit à X% du PIB à la date T) plutôt que structurels (réduire les dépenses ou augmenter les recettes de Y points de PIB par an). L’Europe s’est ainsi mise à la merci d’une logique d’amplification des cycles qui contraint à d’autant plus d’efforts que la situation est mauvaise. La Commission s’efforce d’y échapper en accordant des délais aux pays qui étaient à la peine, mais trop tard et comme à contrecœur. 

Les Etats-Unis, quant à eux, ont réparé leur système bancaire dès 2009 et ont donné aux ménages le temps de se désendetter (y compris par des faillites personnelles). La Fed a vigoureusement soutenu la demande. Et, jusqu’à la fin 2012, l’ajustement budgétaire a été graduel. Le choc est venu en 2013, avec les coupes automatiques de dépenses, mais entre-temps l’économie privée avait gagné en vigueur. Cette stratégie a donné de meilleurs résultats.

Qu’en déduire pour l’avenir ? Sauf à envisager une répudiation de la dette ou la sortie de l’euro, l’une et l’autre bien plus coûteuses, certainement pas qu’il faut jeter le sérieux budgétaire à la rivière. La question n’est pas de savoir s’il faut réduire les ratios de dette publique, mais quand et comment. Avec ou sans Reinhart et Rogoff, il demeure qu’il est dangereux de laisser la dette publique avoisiner 100% du PIB. Or huit pays de la zone euro seront dans cette zone fin 2013.

La bonne stratégie consiste à conduire la consolidation budgétaire graduellement mais avec persistance, en veillant à la qualité des mesures tout autant qu’à leur quantité. Les gouvernements craignent cependant qu’en procédant ainsi, ils suscitent la méfiance des marchés et que leurs coûts d’emprunt s’en ressentent. Parce qu’ils n’ont pas confiance en leurs partenaires, beaucoup en Europe du Nord continuent aussi à faire des objectifs nominaux l’alpha et l’oméga de la stratégie budgétaire. Dans les deux cas le problème est le même : retarder une partie de l’ajustement pour préserver la croissance, n’est-ce pas en fait le repousser aux calendes grecques. N’est-ce pas s’avouer incapable d’affronter les choix qu’exige une maîtrise durable des finances publiques ?

La solution consiste à crédibiliser l’engagement de réduction du déficit Pour cela il faut fonder ses calculs sur des prévisions prudentes ; décider dès aujourd’hui des mesures qui s’appliqueront demain, ou du moins avancer suffisamment dans leur préparation éclairer l’horizon ; identifier les gisements d’efficacité dans la sphère publique ; programmer la fin des politiques dont le rapport coût-bénéfice est trop élevé ; mettre en place les mesures propres à équilibrer les régimes de retraite sur plusieurs décennies ; fixer pour l’assurance-maladie et le chômage des règles d’équilibre sur le cycle ; donner, enfin, les grandes lignes des réformes fiscales qui apporteront de la ressource sans décourager l’activité. Rien de tout cela n’empêchera, évidemment, un parlement de voter demain en sens contraire ; mais cela le rendra moins probable.

Au niveau européen, les programmes de stabilité que les gouvernements adressent chaque année à Bruxelles devraient servir de support à un dialogue sur ces mesures à venir et à certifier les engagements nationaux. Au lieu de limiter les marges de manœuvre immédiates, ils devraient servir à les élargir en rassurant sur le fait que la consolidation budgétaire aura bien lieu.

La logique est imparable : plus on se lie les mains pour demain, plus on gagne des marges de liberté pour aujourd’hui. C’est cela qu’il faut faire.

This article was first published in le Monde.

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Jérémie Cohen-Setton

The history of the macroeconomic divide

What’s at stake: Following up on his mathiness critique that economic theory is becoming a sloppy mixture of words and symbols, Paul Romer wrote a series of blog posts over the past few weeks discussing how things went so far off in the macroeconomic field, where a group (often referred as fresh-water economists) completely retreated from scientific engagement with macroeconomists who disagreed with them and gave up on using evidence to evaluate models.

By: Jérémie Cohen-Setton Topic: European Macroeconomics & Governance Date: August 24, 2015
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Silvia Merler

Greece budget update - August

The Greek finance ministry published last week the latest budget execution bulletin. The state budget primary balance increased significantly during July. Greece recorded a primary surplus of 1.6 billion euros in July, which takes the cumulated primary surplus for the first six months of the year at 3.5 billion euros, against a primary surplus target of 2.99 billion euros. This is the highest monthly value for the primary surplus since August 2014.

By: Silvia Merler Topic: European Macroeconomics & Governance Date: August 17, 2015
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Opinion

Guntram B. Wolff

Greece: Lessons for Europe

It was inevitable that Greece would have to make cuts. Yet, if it is ever to pay back its debts, what the country needs most of all is a growth strategy.

By: Guntram B. Wolff Topic: European Macroeconomics & Governance Date: August 13, 2015
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Opinion

Grégory Claeys

Los trémulos cimientos del 'plan Juncker'

Los detalles del plan alimentan el escepticismo

By: Grégory Claeys Topic: European Macroeconomics & Governance Date: August 7, 2015
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Ashoka Mody

Wolfgang Schäuble, Debt Relief, and the Future of the Eurozone

The German Finance Minister Wolfgang Schäuble has had enough. Greece, he says, cannot receive debt relief from European creditors because European official creditors are forbidden by European treaties to grant relief. But this cannot be true. Once a loan has been made, any lender exposes himself to a default risk.

By: Ashoka Mody Topic: European Macroeconomics & Governance Date: August 6, 2015
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Opinion

Guntram B. Wolff

Greece’s debt burden can and must be lightened within the Euro

The current link between debt servicing and membership of the single currency leads to a vicious circle that increases uncertainty, weakens growth and makes full debt repayment less likely. There will be no confidence and no growth in Greece without a solution to the debt problem.

By: Armin von Bogdandy, Marcel Fratzscher and Guntram B. Wolff Topic: European Macroeconomics & Governance Date: August 5, 2015
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Silvia Merler

Now you see it, now you don’t

The first Italian case of bail-in.

By: Silvia Merler Topic: European Macroeconomics & Governance Date: August 3, 2015
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Policy Contribution

Reform momentum and its impact on Greek growth

Reform momentum and its impact on Greek growth

The time is ripe to analyse in fine detail the conditions attached to the Greek programmes and to look in particular at the degree of structural reform implementation under the first and second programmes, the speed at which implementation took place, and the headings under which reforms were enacted, especially compared to the other euro-area programme countries.

By: Alessio Terzi Topic: European Macroeconomics & Governance Date: July 29, 2015
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Competitive gains in the Economic and Monetary Union

This event was organised in the frame of the 10th Anniversary of Bruegel. It brought together a panel of high level economic experts to discuss the competitive gains achievable through reinforcing the Internal Market and structural reforms.

By: Bruegel Topic: European Macroeconomics & Governance Date: July 22, 2015
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Guntram B. Wolff

Griechenlands Schuldenlast kann und muss im Euroraum erleichtert werden

Die Verknüpfung von Schuldendienst mit der Mitgliedschaft in der Währungsunion führt zu einem Teufelskreis, der das Wachstum schwächt und damit eine Rückzahlung der Schulden unwahrscheinlicher macht. Wir schlagen vor, den Teufelskreis durch eine Bindung der Kreditzinsen an das Wachstum der griechischen Wirtschaft zu durchbrechen. Ein Griechenland ohne Wachstum soll keine Zinsen und keine Tilgung zahlen. Je stärker das Wachstum, desto höher die Zinsen und Rückzahlungen an die europäischen Gläubiger. 

By: Armin von Bogdandy, Marcel Fratzscher and Guntram B. Wolff Topic: European Macroeconomics & Governance Date: July 22, 2015
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Jérémie Cohen-Setton

Understanding the Neo-Fisherite rebellion

The idea that low interest rates are deflationary – that we’ve had the sign on monetary policy wrong! – started as a fringe theory on the corners of the blogosphere 3 years ago. Michael Woodford has now confirmed that modern theory, indeed, implies the Neo-Fisherian view when people’s expectations are infinitely rational.

By: Jérémie Cohen-Setton Topic: European Macroeconomics & Governance Date: July 19, 2015
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Silvia Merler

Greece budget update

Primary surplus picked up in June, but July is the key month to watch.

By: Silvia Merler Topic: European Macroeconomics & Governance Date: July 16, 2015
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